Une communauté en butte au racisme

Tout au long de ces premières décennies après leur arrivée, les Japonais continuent à bâtir leurs communautés dans un environnement raciste de discrimination.

Certains Canadiens accusent les Japonais et les Chinois de voler leurs emplois. D'autres leur reprochent de causer des problèmes au travail, car les ouvriers japonais employés dans les moulins à scie et les mines semblent travailler plus fort pour des salaires moindres que les autres ouvriers. Ils deviennent donc les boucs émissaires des problèmes de la société.

En 1907, des Canadiens qui veulent mettre fin à l'immigration asiatique et forcer tous les immigrants chinois et japonais à quitter la Colombie-Britannique organisent une manifestation ; celle-ci se transforme en émeute et en violence collective contre le quartier chinois et le quartier japonais le long de la rue Powell, surnommé le petit Tokyo. Des émeutiers blancs défoncent les vitrines, les fenêtres et les portes, et sèment la terreur parmi les résidents de la rue Powell.

L'année suivante, les gouvernements japonais et canadien s'entendent pour réduire le nombre d'immigrants japonais au Canada. À la différence des immigrants chinois, aucune taxe d'entrée n'est imposée aux Japonais. Toutefois, après 1908, le nombre de nouveaux immigrants masculins est limité à 400 par année. Par contre, sont acceptés un nombre illimité de femmes et d'enfants. Malgré ces nouvelles contraintes, la communauté japonaise canadienne, très solidaire, continue à croître au point de compter 10 000 membres en 1914.

En 1928, le gouvernement fédéral réduit encore le nombre de Japonais autorisés à émigrer au Canada. Seulement 150 personnes immigrent légalement au pays. Pendant cette période, les pressions des syndicats et des hommes d'affaires blancs se multiplient pour forcer les gouvernements du Canada et de la Colombie-Britannique à mettre fin à toute immigration asiatique.

Des années 1920 à 1930, un bon nombre de règlements et mesures de contrôle racistes contre les Japonais se multiplient. Durant les années 1920, la Colombie-Britannique réduit le nombre de permis de pêche accessibles aux non-Blancs, notamment les Japonais, qui avaient fait de la pêche une activité principale.

En 1931, le droit de vote est accordé aux soldats survivants, mais refusé aux autres Canadiens japonais. Non seulement le droit de vote leur est refusé, mais de plus, ils ne sont pas autorisés à devenir professeurs ou fonctionnaires en dehors de leurs communautés, malgré leur bonne maîtrise de l'anglais et leur réputation de bons élèves et de travailleurs infatigables.

Les Japonais, y compris ceux qui sont nés au Canada, sont habituellement moins bien payés qu'un travailleur blanc pour la même tâche. Jusqu'aux années 1950, la discrimination empêche même les Japonais nés au Canada (les Nissei, deuxième génération) de trouver du travail en dehors de leur communauté.

Durant les années 1930, le gouvernement de la Colombie-Britannique leur retire leurs permis d'exploitation forestière, et lorsqu'ils ont besoin d'assistance sociale, ils reçoivent moins que les Blancs.

En dépit de leur statut de citoyens aux droits diminués, et la discrimination qu'ils vivent au quotidien, les Japonais persévèrent à réussir socialement et économiquement. Ils bâtissent des centres communautaires, des associations, des hôpitaux et engagent des infirmières et des médecins japonais formés aux États-Unis et au Japon. Ils créent des temples bouddhistes et shintoïstes, des églises chrétiennes, des équipes de baseball et des journaux.