L’après chemin de fer et le manque d’emplois

Quand le chemin de fer du Canadien Pacifique s'achève en 1887, les travailleurs chinois doivent trouver de nouveaux emplois. Mais à cause de la discrimination socio-économique, de l'hostilité raciale, du manque de capitaux et de leur mauvaise connaissance de l'anglais et du français, ceci n'est pas une tâche facile.

Plusieurs milliers de travailleurs chinois préfèrent retourner en Chine, mais un plus grand nombre d'entre eux ne peuvent payer le billet de retour. Beaucoup sont obligés de rester en Colombie-Britannique, surtout à Victoria et à Vancouver.

Quelques-uns vont s'établir dans les petites villes le long de la ligne du chemin de fer ou deviennent jardiniers, épiciers, cuisiniers ou domestiques chez des Blancs fortunés ou dans les ranchs, ouvriers agricoles, ou encore mineurs en Alberta. La plupart de ces emplois sont saisonniers, et les travailleurs doivent donc aller passer l'hiver dans des villes comme Calgary, Edmonton, Lethbridge et Red Deer.

Avec peu de ressources, toute perspective lui étant refusée, la communauté chinoise du Canada se trouve reléguée au bas de l'échelle socio-économique pendant plus d'un demi-siècle. Les blanchisseries constituent le principal gagne-pain des Chinois dans des villes ferroviaires à l'est des Rocheuses, jusqu'au Québec, dans les Maritimes et à Terre-Neuve. L'ouverture de ces blanchisseries n'exige de la part de leurs propriétaires qu'un petit capital, la capacité de travailler durant de longues heures, et des rudiments d'anglais ou de français.

De 1890 à 1950, un nombre important de Chinois exercent ce métier. Par exemple, en 1921, à Montréal, on recense 17 35 Chinois, et, croit-on, 368 blanchisseries chinoises. La vie du blanchisseur est très difficile, monotone et son revenu faible.

La mécanisation graduelle de la fin des années 1940 aux années 1960 et le vieillissement des premiers immigrants chinois amènent inévitablement la disparition des blanchisseries chinoises, mais elles demeurent un aspect inoubliable de l'histoire des Sino-Canadiens. Pour beaucoup de descendants des blanchisseurs, la blanchisserie est le symbole non seulement de vie difficile, mais aussi de survie, d'endurance, de patience et de sacrifice pour assurer l'avenir.