La taxe d’entrée et la loi sur l’exclusion

À une époque d'intolérance raciale et de crainte de la concurrence d'une main-d'œuvre orientale bon marché pour les emplois, des politiciens et des syndicats exercent des pressions sur le gouvernement fédéral pour qu'il limite fortement l'entrée au pays des Chinois, des Japonais et Indiens.

Dès 1885, la haine des Blancs à l'endroit des Chinois force le gouvernement à limiter l'arrivée des Chinois. La politique d'immigration devient raciste. Tandis que l'on offre gratuitement aux Européens des terres pour les inciter à immigrer au Canada, le gouvernement crée, en 1885, une taxe d'entrée (Head tax ou impôt de capitation) pour limiter le nombre de Chinois admis à s'installer au pays. Venir au Canada a désormais un prix : chaque Chinois qui souhaite s'établir au Canada doit payer 50 $ au gouvernement. Cette loi discriminatoire a des effets négatifs sur l'immigration chinoise. À cause de la façon dont ils sont traités, certains Chinois ne font pas venir leur famille au Canada, préférant éviter à celles-ci les mauvais traitements qu'ils ont eux-mêmes subis. D'autres Chinois déjà établis n'ont tout simplement pas les moyens de payer le voyage aux membres de leur famille.

Malgré cette taxe dissuasive, en 1900, une partie de la population croit qu'il y a encore trop de Chinois qui entrent au Canada pour voler les emplois de « vrais Canadiens ». La taxe d'entrée est alors augmentée à 100 $, puis à 500 $, en 1903. Ces sommes, considérables à l'époque, représentent des années de salaire et sont censées décourager l'immigration chinoise.

De 1885 à 1923, plus de 80 000 immigrants chinois ont dû payer cette taxe pour entrer au Canada. Ils sont alors le seul groupe d'immigrants devant débourser une taxe pour entrer au pays. Les seules exemptions ne concernent que le personnel diplomatique, les étudiants, les enfants nés au Canada de parents chinois et les commerçants disposant d'un capital d'au moins 2 500 $. En 1923, le gouvernement va plus loin et adopte la Loi concernant l'immigration chinoise, également connue sous le nom de Loi sur l'exclusion. Cette loi interdit purement et simplement l'immigration chinoise au Canada. Durant les 24 années suivantes (1923-1947), aucun Chinois n'entrera au Canada et certaines restrictions subsisteront jusqu'en 1965. Cette loi empêche même les Chinois déjà établis de faire venir leur famille de leur pays.

Pendant plus de six décennies, ces mesures fondées sur la « race » et visant exclusivement les Chinois ont délibérément été appliquées par l'État fédéral. Le Canada n'est pas le seul pays à avoir fait de la discrimination à l'égard des Chinois. En 1850, les colonies australiennes, limitent elles aussi, le nombre d'immigrants chinois. En 1882, les États-Unis adoptent également une loi similaire pour exclure les Chinois de l'immigration.

Enfin, en 1947, la loi canadienne sur l'exclusion est abrogée.