Les préjugés à l’égard des Autochtones

Trop souvent, dans le discours populaire, les Autochtones dérangent et irritent. Ce qui nourrit cette irritation, c'est d'abord et avant tout l'ignorance. Cette ignorance de la question autochtone, relayée par les médias, empêche la majorité des Québécois de l'aborder avec calme et lucidité, et laisse toute la place au ressentiment et aux émotions négatives.

Encore aujourd'hui, les Autochtones ont une qualité et une espérance de vie inférieures à la moyenne canadienne. Quelques données du gouvernement du Canada permettent de se faire une idée :

  • Espérance de vie : L'espérance de vie des membres des Premières nations est inférieure de six ans à la moyenne canadienne.
  • Suicide : Le taux de suicide chez les jeunes Autochtones est l'un des plus élevés au monde, en plus d'être de cinq à huit fois supérieur à la moyenne nationale.
  • Mortalité infantile : Le taux de mortalité infantile de la population autochtone est presque le double de la moyenne canadienne. Le taux de mortalité infantile chez les nourrissons des Premières nations est de 14 % naissances vivantes, alors qu'il est de 7 % chez les non-Autochtones (1996).
  • Accidents : Les enfants et les adolescents autochtones présentent des taux plus élevés de blessures et de décès accidentels.
  • Pauvreté : La majorité des Autochtones atteignent à peine le seuil de pauvreté ou encore vivent au dessous de celui-ci. Les revenus gagnés sur les réserves sont parmi les plus bas au Canada.
  • Chômage : Le taux de chômage des Canadiens autochtones est le double de celui des Canadiens non autochtones (19,1 % contre 7,4 %). Dans les réserves, le taux de chômage frôle les 29 %, soit presque le triple de la moyenne canadienne.
  • Scolarisation et aide sociale : Les taux d'échecs scolaires et de dépendance à l'égard de l'aide sociale sont plus élevés dans les collectivités des Premières nations.
  • Taux d'incarcération : Chez les Autochtones, ce taux est de cinq à six fois supérieur à la moyenne nationale.

L’impôt et les taxes

Contrairement à l'opinion répandue, il ne faut pas percevoir le statut d'Autochtone comme un régime de privilèges qui existerait au détriment de la population en général. Un des mythes les plus tenaces à l'endroit des Autochtones est qu'ils ne paient pas d'impôts, contrairement aux autres Canadiens. En réalité, les Inuits et les Métis paient des impôts sur le revenu. Seuls les Amérindiens ne paient pas d'impôts, mais seulement s'ils travaillent au sein d'une entreprise située dans la réserve ou au sein d'une entreprise hors réserve, mais appartenant à un Autochtone.

Ceux qui ont le statut d'Autochtone n'ont pas à payer la TPS (taxe fédérale) et la TVQ (taxe provinciale) pour des biens achetés ou livrés dans la réserve. Si, à certains égards, il est vrai que les Autochtones vivant dans les réserves ont des droits différents de ceux des autres citoyens, ils sont aussi privés de certains droits (certaines exemptions de taxe, par exemple).

Le territoire

Il est faux de croire que les Autochtones veulent s'approprier l'ensemble du territoire du Québec. L'ensemble des terres réservées aux Autochtones ne couvre qu'une superficie de 746,4 kilomètres carrés, soit moins du tiers de la superficie de l'île de Montréal. Les quelques environ 50 000 Amérindiens qui vivent dans 42 réserves (contre 19 500, à l'extérieur) ne veulent que protéger des territoires où ils exerçaient traditionnellement les activités liées à la survie et à leur culture.

Ainsi, les droits ancestraux des Autochtones reliés à la chasse et à la pêche visant à préserver leur mode de vie traditionnel et qui figuraient plus ou moins explicitement dans la plupart des traités ont été reconnus par le Canada à la suite d'un jugement rendu en 1990, le jugement Sparrow. Toutefois, la Cour suprême n'a pas défini ces droits ancestraux, qui restent à négocier au cas par cas.

Le long chemin vers l’autonomie gouvernementale

En dépit de cette situation défavorable, il y a un véritable renouveau culturel, politique et économique dans plusieurs communautés autochtones : enseignement des langues autochtones dans les écoles, création de télévisions et radios communautaires, développement des activités liées au tourisme, aux forêts, à la pêche et aux arts, solidarité avec les peuples autochtones du monde… Mais les progrès ne sont pas aussi rapides pour rattraper les moyennes nationales.

Le Canada, à plusieurs reprises, a été critiqué dans les tribunes internationales pour les conditions de vie misérables réservées à une grande partie des membres des Premières nations, qui sont comparables à celles des pays en voie de développement. Les Autochtones du Canada demandent conséquemment une augmentation de leur autonomie quant à la prise de décisions relatives à leur mode de vie. Ils réclament les outils légaux et socio-économiques qui leur permettraient d'accéder à une réelle autodétermination ou à tout le moins une autonomie gouvernementale.

Les Autochtones, soumis par le passé, ont aujourd'hui réussi à se faire reconnaître comme des peuples, aussi bien au Canada que sur la scène internationale, et comme des nations au Québec.

Comme l'écrit l'historienne Olive Patricia Dickason, toutes les tentatives des Européens de conversion ou d'assimilation des Amérindiens ont échoué, car ceux-ci persistent à défendre leur identité, plusieurs siècles après la confrontation coloniale. Leur capacité d'adaptation a toujours été la clé de leur survie. Les croyances spirituelles autochtones ont toujours continué à exister. Il s'agit bien du combat de communautés qui, depuis cinq siècles, refusent de disparaître.

Tout comme la société dominante l'a appris à leur contact, les Autochtones ont assimilé bon nombre d'aspects de la société dominante, mais de la façon qui leur convenait. Autrement dit, ils ont survécu en tant qu'Autochtones et ils ont préféré rester comme ils sont, au prix d'une inégalité sociale et économique. Aujourd'hui ils sont mieux organisés, ils demandent que justice leur soit rendue, ils luttent pour l'autonomie et l'autodétermination de leurs communautés ; bref, ils demandent une participation complète et égale dans le Canada d'aujourd'hui et de demain.