Darfour (Soudan) – 2003- 2008

Les acteurs

Le Soudan reste le théâtre de nombreux conflits, dont celui du Darfour, qui a commencé en février 2003. L’actualité du nouveau millénaire en a été marquée. Selon de nombreux analystes, il s’y déroulerait le premier génocide du 21e siècle. Tout comme le Rwanda, ce conflit est très médiatisé sur fond d’impuissance internationale, ce que l’on peut appeler la « non-assistance de populations en danger ». Situé au nord-est de l’Afrique, à la charnière des mondes arabo-musulman et africain, le Soudan est le troisième plus grand pays du continent avec 2 500 000 km2. Il a été formé par les Anglais, qui ont amené des populations les plus diverses ethniquement et religieusement (600 ethnies) à composer un État afro-arabe en 1956.

Depuis son indépendance, en 1956, le Soudan a connu 2 guerres et 15 coups d'État. Très tôt, au début de l’indépendance, un conflit extrêmement meurtrier ébranla l’unité du pays entre les Noirs chrétiens ou animistes du Sud (15% de la population) et le pouvoir central tenu par des musulmans arabophones démographiquement majoritaires (40 %). À des échelles diverses, le conflit du Soudan du Sud a conduit les belligérants à commettre ou provoquer massacres et famines. Après un premier accord de paix en 1972 non respecté, le Soudan du Sud chrétien et animiste dirigé par John Garang se révolte à nouveau en 1983 contre Khartoum, la capitale, suite à la décision du pouvoir d'introduire la charia (loi islamique) dans le Code pénal et de restreindre l’autonomie régionale du Sud où du pétrole avait été découvert. Ce long conflit est souvent interprété, de façon simpliste, comme une guerre de religion entre le Nord islamique et le Sud chrétien. Dès le règlement provisoire du conflit du Soudan du Sud, un autre conflit, celui du Darfour éclata à l’ouest du pays, sans compter le conflit moins connu du Bejaland, à l'est du pays. Ces trois conflits, à vrai dire, traduisent l’opposition entre le Centre (Khartoum) et la périphérie (Les États et régions fédérées).

Les causes

Les conflits successifs au Soudan dont celui du Darfour ne sont pas des conflits religieux. On trouve de part et d’autre des combattants musulmans, chrétiens ou animistes. La réalité du Soudan est fort complexe, car beaucoup de non-arabophones sont musulmans. Les problèmes linguistiques et religieux (l’arabisation forcée et l’imposition de la loi islamique à tous) sont à la source du conflit tout comme l’absence d’un programme de développement économique équilibré qui permettrait de réduire les inégalités entre les régions du pays.

Située dans l’ouest du pays, la vaste région du Darfour, peuplée de 5 à 7 millions d’habitants, est également le théâtre de revendications politiques. Le Darfour s’estime marginalisé par les gouvernements autoritaires successifs de Khartoum et réclame une plus grande autonomie. En 20003, des formations politico-militaires dont l’armée de libération du Soudan (SLA) et le Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM) provoquent un soulèvement armé, violemment réprimé par les forces militaires de Khartoum qui n’hésitent pas à pratiquer la politique de la terre brulée

L’enjeu du Darfour semble plus géostratégique dans un contexte international où le gouvernement central se voit comme une « forteresse arabe » encerclée sur le plan intérieur et extérieur. Il est l’archétype du drame humanitaire où les populations civiles sont sacrifiées au nom de la « réalité politique internationale ».

Les crimes

Le gouvernement central, pour réaffirmer son autorité et la défense de l’intégrité territoriale, apporte son soutien aux éleveurs nomades arabisés Zaghawa et Baggara qui forment des milices dites janjawid (« cavaliers du diable » ou « diables à cheval, armés de kalachnikovs »). Ces forces paramilitaires attaquent les populations sédentarisées accusées de collusion avec la rébellion pour les faire fuir de leurs terres, une sorte de « purification ethnique ». Cette politique de la terre brûlée passe par la destruction des villages, des récoltes et du bétail, le déplacement forcé, les viols et les massacres de la population, l’empoisonnement des puits. À vrai dire, les conflits interethniques récurrents pour le contrôle des maigres ressources on été instrumentalisés en guerre civile meurtrière par le gouvernement central soucieux de préserver à tout prix l’« unité nationale ». Dans cette région confrontée à une explosion démographique et aux sécheresses, le conflit oppose des éleveurs aux paysans protégeant leurs champs et leurs maigres biens dans une région pauvre en ressources.

Les notions d’« Arabes » pour désigner les milices, ou d’« Africains », ou encore des « Noirs » pour nommer les victimes sont culturelles et n’ont aucune connotation raciale à proprement parler, puisque les parties impliquées au Darfour sont toutes d’origine noire africaine et sont toutes musulmanes. Mais l’arabe n’est la langue maternelle que d’une minorité. Les groupes dits « arabes » sont généralement nomades, chamelières au nord, vachères au sud. Les groupes « africains » sont parfois pastoraux, mais plus souvent paysans. Ce conflit a déjà fait entre 180 000 et 300 000 morts et provoqué le déplacement de plus de 2 600 000 de personnes à l’intérieur ou à l’extérieur du Soudan.

Génocide, « nettoyage ethnique » ou crimes contre l’humanité ?

Si les Américains ont évoqué très rapidement le génocide et le « nettoyage ethnique » et pris des sanctions économiques contre le Soudan, une commission d’enquête mandatée par le secrétaire général de l’ONU a écarté cette conclusion au profit des qualificatifs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, car les opérations en cours ne sont pas caractérisées par  une volonté d’extermination systématique. Ce constat est confirmé par les mandats d’arrêt internationaux lancés par la Cour internationale de justice (CIJ) en mars 2007 contre des responsables soudanais : Ahmad Muhammad Harun, ex-ministre d’État chargé de l’intérieur au sein du gouvernement soudanais et Ali Muhammad Al Abd-Al-Rahman (« Ali Kushayb »), un dirigeant de miliciens janjawid.