Leurs conséquences quand le négatif l’emporte

Les stéréotypes ne sont pas toujours négatifs. Par exemple : « tous les Japonais sont polis ». Mais même s'il contient une part de vérité, cet énoncé est faux parce qu'il s'agit d'une généralisation simpliste, quoique non offensante. De même, il existe des préconceptions « favorables ». Par exemple : « il a l'air généreux ». Il peut s'agir d'un jugement prématuré qui sera contredit par les faits. Malheureusement, les stéréotypes négatifs et les préjugés demeurent les plus répandus dans les relations entre individus ou entre groupes (principalement les préjugés ethniques, sociaux ou sur l'orientation sexuelle).

Même en l'absence de toute compétition, la tendance à procéder par stéréotypes s'accompagne du penchant à surestimer son groupe et à inférioriser les autres (« nous valons plus qu'eux »). Généralement, en déterminant le groupe dominant comme étant supérieur aux autres, les stéréotypes tentent d'assurer un certain statu quo social.

Plus un individu aura des préjugés et des opinions négatives à l'égard d'un groupe social ou ethnique, plus il aura tendance à accroître la distance qui le sépare de ce groupe, voire à faire de la discrimination contre lui. De façon générale, les préjugés, les stéréotypes contribuent à la déshumanisation des personnes qui en sont victimes, à en faire des « Autres », des « différents », des « ceux qui doivent s'ajuster à nos valeurs ».

Préjugés et stéréotypes interculturels deviennent vite des idées fixes concernant tous les membres d'un autre groupe. Par exemple, on dira : les Écossais sont avares ; les Juifs sont radins ; les Anglais sont flegmatiques ; les Polonais boivent trop ; les Autochtones sont alcooliques ; les Français sont chauvins ; les Noirs paresseux — autant de clichés stéréotypés assez connus et assez répandus pour donner naissance à des expressions proverbiales («  soûl comme un Polonais ») ou pour être utilisés de manière implicite (les histoires drôles concernant les homosexuels). Dans le cas de l'origine ethnique ou nationale, les préjugés et stéréotypes nuisent au sentiment d'appartenance à la société majoritaire et contribuent au développement d'« identités ethniques » qui favorisent le communautarisme. Ainsi, des personnes d'origine asiatique, africaine ou arabe nées au Québec ou intégrées au Québec depuis longtemps continuent à être considérées par certains comme des étrangers, avec des valeurs présumées différentes de celles des Québécois. L'actualité internationale vient aussi parfois alimenter les préjugés envers certains groupes : par exemple, l'islamophobie et l'antisémitisme.

Plus grave encore, on a fait la preuve que les stéréotypes peuvent influencer le comportement des groupes stéréotypés, des groupes auxquels on attribue de mauvaises réputations. Certaines études ont démontré que les enfants des groupes stigmatisés ont tendance à agir selon la mauvaise réputation qu'on leur a attribuée ou même à douter de leur intelligence en réponse à l'image forcée que la société a tracée d'eux : « Puisque vous n'attendez que ça de moi, je vais devenir ce que vous croyez de moi ».

Ces stéréotypes négatifs sont si forts – particulièrement lorsqu'ils sont soutenus par les médias – qu'ils finissent par devenir des prédictions qui se réalisent : le cas de la délinquance des jeunes Noirs en Amérique du Nord, l'exclusion des jeunes Arabes des banlieues françaises et des Gitans en Europe, etc.